5 indices pour repérer une contrefaçon de Kbis
Entrons maintenant dans le cœur du sujet : quels sont les principaux indicateurs qui doivent vous mettre la puce à l’oreille quand vous êtes face à un Kbis ? Il peut exister plus de cinq signaux, mais j’ai choisi de me concentrer sur ceux qui reviennent le plus souvent dans les retours d’expérience. Chacun de ces points est essentiel pour écarter le moindre doute : n’en négligez aucun si vous suspectez qu’il s’agit d’un faux. Nous allons les passer en revue, et je vous donnerai quelques conseils concrets pour protéger votre activité. Vous verrez que, souvent, les indices sont de nature administrative ou grammaticale, et qu’avec un minimum de vigilance, vous pouvez gagner en sérénité.
L’incohérence dans les informations d’état civil ou d’immatriculation
Le premier indice qui doit vous alerter est l’incohérence entre les principales données d’immatriculation qui figurent sur le document. Si vous voyez qu’entre le nom de l’entreprise (dénomination sociale) et son numéro SIREN (ou SIRET), quelque chose ne colle pas, c’est déjà un sérieux problème. D’ailleurs, un SIREN valide se compose de neuf chiffres : si vous en voyez un avec plus ou moins de chiffres, ou si la base géographique (le lieu d’implantation) ne correspond pas à l’adresse de l’entreprise, méfiez-vous. Rappelons qu’en France, chaque numéro SIREN est unique et attribué par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE). Toute variation, même minime, doit vous alerter, car ce n’est pas censé arriver.
Un autre point que je vous conseille est de vérifier la concordance entre le dirigeant mentionné et la forme juridique de la société. Par exemple, si la société est une SAS, vous devriez trouver sur le Kbis le nom du président. S’il s’agit d’une SARL, c’est plutôt le gérant qui sera mentionné. Si ces éléments de base ne correspondent pas à la forme juridique annoncée, il y a un risque de document falsifié. Les fautes d’orthographe dans l’intitulé officiel de la société ou dans le nom du greffe (par exemple “greffe du tribunnal” au lieu de “greffe du tribunal”) sont également un précieux indicateur : les documents officiels sont rarement entachés d’erreurs aussi grossières. Pour renforcer votre diligence, n’hésitez pas à faire un tour sur un outil gouvernemental ou d’organisme comme Infogreffe pour vérifier la cohérence des informations.
La date d’émission du Kbis est incohérente ou manquante
Le deuxième point de contrôle concerne la date d’émission du Kbis. Ce document restant valide en général pour une durée administrative de trois mois, toute date ancienne ou trop éloignée doit vous alerter. Un Kbis vieux de plus de trois mois n’est techniquement plus considéré comme “à jour” par les institutions bancaires ou administratives, ce qui fait que son utilité devient limitée. Si on vous présente un Kbis datant de six mois ou plus et qu’on vous affirme qu’il est encore valable, c’est un signal d’alarm. Cela ne veut pas dire obligatoirement qu’il est contrefait, mais cela peut signifier qu’on essaie de vous cacher des modifications intervenues dans l’entreprise.
Dans les contrefaçons, on remarque souvent des bricolages autour de la date : soit elle est étrangement effacée, soit elle est présentée sous un format inhabituel, soit encore la mention de la dernière mise à jour par le greffe est inexistante. Par expérience, je vous suggère de toujours porter une attention particulière à la ligne où est écrite la mention “Extrait délivré à la date du…” : c’est l’indication qui permet de s’assurer que l’on est en possession de la version la plus récente. Toute absence de cette mention est déjà suspecte.
L’un de mes clients m’a autrefois raconté avoir reçu un Kbis dont la date d’émission semblait gravement dépassée : le document affichait une date d’il y a un an, et pourtant la personne qui l’avait fourni prétendait l’avoir obtenu la semaine précédente. En fait, il s’agissait d’un Kbis modifié avec un montage photo grossier au niveau de la date. Heureusement, mon client a eu le réflexe d’aller sur Infogreffe et de s’apercevoir que la société avait changé de dirigeant entre-temps, ce qui ne figurait pas sur le prétendu Kbis récent. Voilà un cas typique où la date en incohérence révèle un faux document.
Une apparence visuelle trop approximative
Le troisième indice tient à l’aspect visuel du document. Un vrai Kbis comporte généralement un en-tête avec la mention du greffe compétent, des polices d’écriture réglementées, parfois un filigrane ou une mise en page qui suit une charte précise. Bien sûr, l’apparence peut légèrement varier selon qu’il s’agit d’une version imprimée ou d’une version électronique, mais le contenu et la structure sont rarement fantaisistes. Si vous observez un logo du greffe flou, une zone rognée, un bloc de texte mal aligné ou toute autre anomalie graphique, soyez sur vos gardes. Les faussaires peuvent commettre des erreurs d’alignement ou utiliser une typographie inappropriée pour la date, le SIREN ou le nom du greffe.
Un autre élément visuel important consiste à vérifier que le document n’a pas subi de retouches numériques évidentes. On peut par exemple détecter un “flare” autour des mentions modifiées, ou des différences de couleurs dans un même paragraphe. Sur un Kbis authentique, l’impression est homogène, les champs sont clairement identifiés. Les tentatives d’effacer un nom pour le remplacer par un autre se repèrent parfois à l’œil nu quand on a un peu d’habitude, surtout si les faussaires n’ont pas d’outils professionnels pour le faire. Lorsque vous avez un doute, comparez le Kbis suspect avec un Kbis officiel d’une autre société pour observer les différences de mise en forme. Mieux encore : procurez-vous directement un exemplaire du Kbis officiel de l’entreprise sur Infogreffe. Cette action simple vous épargnera beaucoup de souci et vous confirmera si l’aspect ambigu est dû à une contrefaçon ou simplement à une mauvaise impression.
L’absence de certaines mentions obligatoires
Le quatrième indice repose sur la vérification des mentions obligatoires. Sur le Kbis, figurent précisément des éléments que la loi exige, notamment :
- La dénomination sociale, la forme juridique et l’adresse du siège,
- Le numéro SIREN et le code APE,
- Le montant du capital social pour certaines formes de société,
- Le nom du greffe et la date de délivrance du document,
- Le nom du dirigeant (président ou gérant, selon la structure).
S’il manque une information cruciale, comme le nom du dirigeant ou la mention du capital social pour une SAS, c’est potentiellement un faux. Parfois, la personne qui essaie de vous tromper omet volontairement des champs pour échapper aux vérifications. Or, un document officiel doit être complet et se conformer à la présentation normalisée. Par conséquent, toute absence injustifiée d’informations obligatoires constitue un indice fort de contrefaçon à ne pas négliger.
Dernièrement, on m’a rapporté le cas d’un entrepreneur qui a reçu un Kbis où ne figurait ni l’information relative au gérant ni le code APE. De surcroît, le bloc relatif au capital social était vierge, alors que c’était censé être une SARL. En s’informant rapidement, il a compris qu’il y avait un problème, d’autant que le soi-disant dirigeant lui avait déjà donné des réponses vagues sur la nature exacte de la société. C’est en croisant les infos auprès d’une base de données d’entreprises qu’il a constaté l’inexistence de la personne mentionnée. Il s’agissait donc d’un faux Kbis. Prenez le réflexe de parcourir toutes les rubriques une à une avant de faire confiance à un document qui semble incomplet.
Des divergences vérifiables avec la base officielle Infogreffe
Enfin, le cinquième indice, à mes yeux, est le plus fiable : il consiste à comparer le document qui vous est remis avec les données officielles disponibles sur Infogreffe.fr. À l’heure du numérique, la majorité des dirigeants et de leurs équipes peuvent facilement contrôler l’état d’immatriculation d’une entreprise ou télécharger un Kbis récent. D’ailleurs, beaucoup de litiges se résolvent en quelques minutes grâce à cette vérification cruciale. Il suffit d’entrer le numéro SIREN ou SIRET dans le moteur de recherche du site officiel pour vérifier la raison sociale, la date de création, l’adresse du siège et le nom du dirigeant actuel.
Si vous constatez que le Kbis fourni diffère de ce qui est indiqué sur Infogreffe, il est presque certain que vous avez affaire à un faux ! Soyez cependant attentif : dans certains cas, il peut y avoir un léger décalage temporel si l’entreprise effectue un changement qui n’est pas encore saisi dans la base. Mais c’est plutôt rare, car la mise à jour est généralement rapide. L’absence totale d’enregistrement sur Infogreffe (par exemple, vous ne trouvez pas la société) n’est pas un bon signe du tout : elle peut signifier que l’entreprise n’existe peut-être pas ou qu’elle n’est plus enregistrée sous cette dénomination sociale. Si un document supposément officiel s’écarte trop des données vérifiées par Infogreffe, mieux vaut ne rien signer ou conclure avant d’avoir obtenu des explications claires et satisfaisantes.